À l’école, la perte de confiance en soi liée à des difficultés réelles ou supposées en mathématiques est fréquente. D’où vient ce sentiment ?
En France, dès les plus petites classes, le français et les mathématiques sont les deux principales disciplines sur lesquelles se portent l’attention des enseignants… mais également des parents. Or, cela se traduit parfois, chez certains enfants, par une peur d’échouer ou bien une peur de ne pas réussir à satisfaire les attentes des adultes.
Les maths, sources d’inquiétudes
Pour beaucoup de parents, avoir de bons résultats en maths est une condition nécessaire à la réussite scolaire… qui doit mener à un « bon » emploi : « si tu n’es pas bon en maths, tu ne pourras pas accéder à un bon métier », peut-on parfois entendre.
Selon Thomas Lecorre, maître de conférences en mathématiques, échouer en mathématiques peut avoir pour corollaire une double condamnation pour l’enfant : l’impossibilité d’accès aux filières élitistes, et la stigmatisation de ses capacités intellectuelles. Les enfants intègrent cette idée relativement jeunes et les adultes ne manquent pas de le leur rappeler.
En outre, les mathématiques sont présentées comme une discipline complexe et exigeante. Aussi, certains enfants craignent de ne pas comprendre les cours et se découragent avant même d’y être confrontés. “Je n’y arriverai pas, je suis trop nul” est une phrase souvent entendue, comme une prophétie autoréalisatrice. Et que dire des adultes qui aiment se décrire comme “nuls en maths” ? À ce titre, des enfants sont d’ailleurs victimes de croyances familiales. Une mauvaise note obtenue à l’école ? C’est dans l’ordre des choses puisque « dans la famille, nous avons tous rencontré des difficultés en maths ! »
Force est de constater que les mathématiques représentent pour nombre d’adultes, et donc beaucoup de parents, un mauvais souvenir d’enfance, une discipline scolaire source d’angoisse ou synonyme de mauvais moments à passer à l’école. Une sensation que certains parents n’hésitent pas à décrire à leurs enfants, glorifiant parfois leurs mauvaises notes, ou bien se culpabilisant pour certains, pensant être la cause “héréditaire” des difficultés rencontrées par leur progéniture.
Le manque de confiance en soi de certains élèves ayant des difficultés scolaires peut également être accentué par les remarques de leurs enseignants qui ne prennent pas toujours le temps de les encourager.
Qu’en est-il de la dimension plaisir dans les apprentissages ?
Sens et plaisir ne seraient-ils pas les deux clés permettant aux enfants de garder confiance en eux et de ne pas se sentir “nuls” en maths ?
Selon Nathalie Braun, chercheuse en sciences de l’éducation et en didactique des mathématiques (CY Cergy Paris Université), « la réussite en maths n’est pas qu’une affaire de programmes et de compétences. Elle repose aussi sur des émotions. Le stress face à de nouvelles notions, la peur de se tromper ou l’impression de « ne pas être fait pour les maths » nourrissent les inégalités entre les élèves. Des expérimentations autour de jeux mathématiques ouvrent des pistes pour diminuer la pression de “la bonne réponse immédiate” et transformer l’erreur en ressource. »
Le bien-être suscité par la pratique en classe de jeux mathématiques nécessitant de chercher et d’expérimenter, a été constaté lors de ces expérimentations avec des élèves de 5e. Et, Nathalie Braun de poursuivre dans son article publié sur le site The Conversation : « le bien-être en mathématiques ne consiste (…) pas à rendre la discipline plus divertissante. Il permet aux élèves, même ceux ayant des difficultés, de ressentir du plaisir en mathématiques et de s’engager davantage. »
D’autant que la bosse des maths n’existe pas. Ou plutôt, selon Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale, membre de l’Académie des sciences et auteur de l’ouvrage “La bosse des maths”, elle concerne tout le monde. Rares sont les enfants dont le cerveau ne peut appréhender une quelconque opération mathématique ou résoudre un problème tel qu’un enseignant peut le formuler !
La dyscalculie, un trouble à diagnostiquer
À noter : la dyscalculie, trouble des apprentissages lié aux compétences en mathématiques qui touche 3 à 8 % des enfants d’âge scolaire, peut fragiliser la confiance en soi des enfants concernés. Ce trouble spécifique doit être diagnostiqué par un orthophoniste, un psychologue ou un neuropsychologue. Une prise en charge et un suivi personnalisés pourront être mis en place.

